- La Roumanie endure une hausse des carburants et des effets économiques attendus fin 2022.
- La dépréciation de la monnaie et l’absence de mesures gouvernementales aggravent le pouvoir d’achat.
- Scénario pessimiste: pétrole à 175$/baril pourrait porter le litre à 12-13 lei et récession.
- Contexte géopolitique Russie-Ukraine et sanctions perturbent l’offre énergétique mondiale.
La Roumanie est confrontée à des hausses significatives des prix des carburants, et les analystes économiques avertissent que les effets se feront sentir sur l’ensemble de l’économie d’ici la fin de l’année 2022. La dépréciation de la monnaie nationale aggrave le problème, entraînant une érosion généralisée du pouvoir d’achat des ménages.
Alors que les autorités considèrent la situation comme temporaire, les économistes dressent une vision bien plus inquiétante. Les analystes avertissent que le monde entier est confronté à une crise économique inévitable, et que la Roumanie semble mal préparée pour la gérer efficacement. L’absence de mesures concrètes de la part du gouvernement soulève des questions sur la capacité de réponse à ce défi économique.
Perspectives du marché pétrolier et impact sur les prix
L’économiste Adrian Negrescu offre une vision sans équivoque de la situation : « Savez-vous la fable de la cigale et de la fourmi ? Malheureusement, l’État roumain joue en ce moment le rôle de la cigale qui ne pense pas du tout à l’hiver à venir. Au lieu de se préparer pour l’hiver, pour les défis économiques, les autorités chantent à tue-tête des airs politiciens, avec une coloration fiscale, et continuent de se surpasser en idées et propositions, tandis que les mesures d’urgence tardent. »
Les estimations actuelles pour le marché pétrolier indiquent une cotation potentielle de 175 dollars le baril, dans le contexte de l’extension de l’embargo sur le pétrole russe et du maintien de la production de l’OPEC en dessous du niveau de la demande mondiale. Cette évolution pourrait entraîner des prix à la pompe de 12-13 lei par litre pour l’essence et le diesel dans le scénario le plus pessimiste, suffisant pour pousser l’économie roumaine directement en récession.
Contexte géopolitique et impact sur l’approvisionnement
Le conflit entre la Russie et l’Ukraine, couplé aux sanctions sans précédent imposées à la Fédération russe, a créé des ondes de choc dans l’économie mondiale. La Russie, deuxième exportateur mondial de pétrole, a vu une chute dramatique de la production et des exportations, avec 2-3 millions de barils par jour affectés, selon les estimations des spécialistes.
L’impact ne se limite pas au marché pétrolier. La production industrielle a déjà diminué de 3 %, tandis que l’euro s’approche du seuil de 5 lei. Les perspectives des réserves de gaz naturel pour l’hiver prochain sont encore plus inquiétantes, avec un risque de rationnements, notamment dans le secteur industriel, si la Russie met fin complètement à ses livraisons, comme elle l’a déjà fait pour la Pologne et la Hongrie.
Composantes fiscales du prix du carburant
Une étude récente menée par des experts universitaires de Bucarest et Cluj met au jour une réalité controversée : entre 36 % et 39 % du prix payé par les consommateurs pour le carburant entre dans le budget de l’État sous forme d’impôt sur le revenu et d’accises. Cette situation a suscité de vives critiques de la presse internationale.
La publication hongroise Napi Gazdaság a critiqué directement l’approche des autorités roumaines, suggérant que les recettes budgétaires sont prioritaires face au bien-être de la population. Comparaison révélatrice avec d’autres pays de la région :
- Hongrie a mis en place des mesures de plafonnement des prix des carburants
- Croatie a gelé les coûts des carburants
- Pologne a réduit la TVA sur les carburants à 0%
En revanche, la Roumanie justifie l’absence d’action par les restrictions imposées par la Commission européenne, bien que d’autres États membres aient trouvé des solutions d’intervention sur le marché.
Impact économique à court et moyen terme
L’économiste Adrian Negrescu souligne la gravité de la situation : « Nous assistons déjà à un net recul économique, preuve de la diminution de la production industrielle de 3 %, du commerce et de la contribution de l’industrie à la formation du PIB. Malheureusement, face à cette situation, des mesures concrètes pour maîtriser l’inflation et ses effets négatifs devraient être prises. »
Les conséquences pratiques pour l’économie incluent:
- Augmentations substantielles des prix dans le secteur alimentaire
- Augmentations des tarifs dans le domaine des services
- Diminution de la compétitivité du commerce
- Réduction du pouvoir d’achat des ménages
- Risque accru de récession économique
Évolution récente des prix à la pompe
Au cours de juin 2022, l’essence a dépassé le seuil de 9 lei le litre sur les pompes du pays entier. Bien qu’il y ait eu des périodes de baisse, la tendance générale reste à la hausse, dans le contexte de la volatilité des marchés internationaux et des pressions fiscales internes.
L’absence de réaction des autorités pour réduire les taxes et les accises maintient la pression sur les consommateurs, malgré les protestations croissantes de la population. Cette approche semble privilégier les revenus budgétaires à court terme au détriment de la stabilité économique à long terme.
Conclusions et perspectives
La situation actuelle des prix des carburants en Roumanie reflète une convergence de facteurs géopolitiques, économiques et de politique fiscale. En l’absence de mesures concrètes d’amélioration, les perspectives pour le reste de l’année 2022 et pour 2023 restent inquiétantes, avec des effets en cascade sur l’ensemble de l’économie.
Comparé à d’autres pays de la région qui ont mis en place des mesures de protection des consommateurs, la Roumanie demeure dans une position vulnérable, risquant de transformer une crise temporaire en un choc économique prolongé.