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Réseau de falsification en Roumanie: 2 925 véhicules immmatriculés illégalement et permis falsifiés jusqu’à 1 000 euros
Conseils utiles

Réseau de falsification en Roumanie: 2 925 véhicules immmatriculés illégalement et permis falsifiés jusqu’à 1 000 euros

26 déc. 2025 · Mis à jour: 30 déc. 2025
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Résumé
  • 2 925 véhicules immatriculés illégalement selon l’enquête
  • 11 000 documents falsifiés dans la zone Bucarest-Ilfov; 8 inculpés, 10 médecins
  • Tarification: 100-150€ par document; jusqu’à 1 000€ avec intermédiaires; certificats 50-100 RON
  • Permis étrangers privilégiés: Irlande, Italie, Espagne; vérifications plus lentes

La Roumanie est confrontée à un grave problème de sécurité routière et occupe régulièrement les premiers rangs en Europe en matière d’accidents mortels. Une enquête récente révèle une vaste opération de falsification de documents automobiles qui a fonctionné sur plusieurs années et impliqué non seulement des falsificateurs, mais aussi des médecins délivrant de faux certificats médicaux, démontrant l’ampleur de la corruption dans le système automobile roumain.

Cet article détaille l’ampleur du phénomène, les mécanismes et les tarifs associés, avec des exemples concrets et des chiffres clés.

L’ampleur du phénomène de falsification

Le dossier instruit par le parquet près du tribunal de Buftea a conduit à la mise en examen de 8 personnes accusées de falsification, tandis que l’enquête se poursuit pour dix médecins impliqués. Selon les déclarations d’un policier ayant travaillé sur l’affaire : “L’été dernier, lorsque nous avons commencé à travailler sur le dossier, je n’anticipais pas l’ampleur du phénomène. On parle de 11 000 documents falsifiés. Et cela ne concerne pour l’instant que la zone Bucarest-Ilfov. Et j’ai de fortes raisons de croire qu’ils ne sont pas les seuls sur le marché.”

Parmi les personnes mises en examen figurent Dinu I. (47 ans) et Adrian V., accusés d’avoir pris en charge la falsification des documents. Ils obtenaient des autorisations provisoires d’immatriculation automobile auprès des autorités, en utilisant des documents falsifiés. Leur mode opératoire était sophistiqué, réussissant à passer inaperçus pendant des années.

Schéma de tarification des documents falsifiés

Le système de tarification était bien organisé et variait selon le nombre d’intermédiaires impliqués:

  • Prix de base: 100-150 euros par document falsifié (directement du falsificateur)
  • Prix final avec intermédiaires: jusqu’à 1 000 euros pour un permis de conduire falsifié ou une immatriculation rapide
  • Certificats médicaux faux: 50-100 RON par document

Le falsificateur gagnait en volume, tandis que les intermédiaires gagnaient à la pièce. Ceux-ci risquaient davantage, devant trouver des clients et placer les permis contrefaits. Les documents n’étaient pas nécessairement émis par les autorités roumaines, mais aussi par d’autres États membres de l’UE.

Permis de conduire émis à l’étranger - la méthode privilégiée

Un exemple illustratif est celui d’un père et de son fils qui, arrêtés à plusieurs reprises lors de contrôles routiers, présentaient des permis de conduire falsifiés émis par les autorités d’Irlande, d’Italie et d’Espagne, alors qu’aucun d’eux n’avait le droit légal de conduire.

Les falsificateurs préfèrent falsifier des documents étrangers pour plusieurs raisons:

  • Ils sont bien plus difficiles à vérifier par les forces de l’ordre lors d’un contrôle de routine
  • Leur vérification nécessite du temps et des procédures spécifiques
  • Les chances d’une découverte immédiate sont plus faibles

Un exemple récent et médiatisé est le cas du footballeur Florinel Coman de la FCSB, surpris sur l’autoroute en train de conduire avec un permis ukrainien contrefait, bien qu’il n’ait pas connaissance de la langue ukrainienne.

Implication des médecins dans le schéma

Les falsifications ne se limitaient pas à l’immatriculation illégale ou aux permis de conduire contrefaits. Le schéma incluait également deux cliniques privées où les intermédiaires recommandaient l’émission de fiches médicales en l’absence des conducteurs.

Procédure médicale fictive

Dix médecins ont été retenus et placés sous contrôle judiciaire, faisant l’objet d’enquêtes pour les soupçons d’avoir délivré des fiches médicales nécessaires à l’échange du permis sans jamais voir les conducteurs. Ils ne déterminaient pas exactement que les personnes étaient en bonne santé et aptes à prendre le volant.

Les enquêteurs soupçonnent que ces dix médecins auraient délivré des centaines de tels documents, transformant l’examen médical obligatoire en une simple formalité payante.

Contexte statistique alarmant en Roumanie

Ces pratiques illégales se déroulent dans un contexte où la Roumanie détient un record négatif au sein de l’Union européenne. En 2020, le pays s’est classé premier en Europe pour les accidents routiers mortels et blessants:

  • 85 victimes par million d’habitants en Roumanie
  • 42 victimes par million d’habitants - moyenne UE
  • La Roumanie enregistre le double de la moyenne européenne

Cas de Suceava – le précédent de 2020

En novembre 2020, les procureurs du DNA ont découvert la “usine de permis auto” de Suceava, une action qui a produit des résultats impressionnants:

Confiscations effectuées:

  • Plus de 1,2 million d’euros
  • 790 000 RON
  • 12 000 dollars
  • 1 500 livres sterling en espèces
  • 37 montres de luxe
  • 21 bracelets, 18 colliers et 4 pendentifs en or
  • 8 voitures de luxe

L’argent provenait des pots-de-vin perçus pour l’obtention des permis de conduire, ainsi que de l’immatriculation illégale de véhicules.

Avis des experts du secteur automobile

Constantin “Titi” Aur, célèbre pilote de rallye et expert en conduite défensive, s’est montré choqué par ces découvertes. Il estime que la principale cause des accidents graves en Roumanie est le manque de sensibilisation et d’éducation des conducteurs.

“Les plus nombreux accidents graves sont produits par ceux qui ont suivi légalement une école de conduite. Bien sûr, il existe aussi un pourcentage d’accidents provoqués par ceux qui obtiennent frauduleusement un permis de conduire. Qui sont-ils ? Les analphabètes et les malfrats qui ne se soucient pas de l’école”, explique l’expert.

Propositions pour des sanctions plus sévères

Titi Aur estime que ceux qui recourent à ce type d’escroquerie devraient être classés pour homicide avec préméditation ou tentative d homicide, étant de réels dangers sociaux: “C’est criminel de mettre sur la route des personnes sans examen auto. Répétons, j’espère que le nombre de ces personnes sera aussi réduit que possible. La réduction des accidents graves ne peut se faire que par la sensibilisation des conducteurs à travers une éducation routière correcte”.

Impact sur la sécurité routière

Ces réseaux de falsification ont un impact direct sur la sécurité sur les routes publiques. Les personnes qui obtiennent des permis de conduire par des moyens illégaux:

  • n’ont pas les connaissances théoriques nécessaires pour conduire en sécurité
  • n’ont pas suivi les cours pratiques obligatoires
  • n’ont pas été évaluées médicalement de manière adéquate
  • représentent un danger réel pour les autres usagers de la route

La combinaison du manque de formation de ces conducteurs et du contexte général d’une éducation routière déficiente en Roumanie contribue à maintenir le pays en tête des statistiques européennes négatives concernant les accidents routiers mortels.

La découverte de ces réseaux complexes de falsification démontre la nécessité de mesures urgentes pour réformer le système d’octroi des permis de conduire et pour renforcer les contrôles dans ce domaine vital pour la sécurité publique.