Appuyez sur ESC ou cliquez à l'extérieur pour fermer

Plafonnement des carburants: pourquoi ce n’est pas miraculeux pour la Roumanie
Conseils utiles

Plafonnement des carburants: pourquoi ce n’est pas miraculeux pour la Roumanie

26 déc. 2025 · Mis à jour: 30 déc. 2025
Partager:
Résumé
  • Le plafonnement hongrois n’atteint pas ses objectifs et devient un fardeau
  • En Roumanie, réduire accises et TVA ou imposer une vente à perte est problématique
  • Subventions à long terme: ce n’est pas une solution durable
  • Transition vers les énergies renouvelables plutôt que subventions coûteuses

Le plafonnement des prix des carburants peut sembler une solution simple pour réduire le coût des transports, mais la réalité est plus complexe. L’exemple de la Hongrie montre que de telles mesures peuvent avoir des effets opposés à ceux escomptés. Theodor Stolojan, ancien dirigeant du PNL et Premier ministre roumain, avertit des répercussions à long terme d’une telle décision.

Six mois après la mise en œuvre du plafonnement des prix des carburants en Hongrie, les effets ne sont pas ceux escomptés. La mesure, perçue initialement comme une solution rapide pour soutenir la population, est devenue un fardeau économique. Même la société pétrolière hongroise MOL a signalé des difficultés à maintenir cette politique sur le long terme.

En Roumanie, où les prix de la plupart des produits et services dépendent directement du coût des carburants, la pression pour des mesures similaires est énorme. Toutefois, les autorités roumaines ne disposent pas de nombreuses options viables pour résoudre le problème.

Mécanismes par lesquels l’État peut influencer le prix des carburants

Theodor Stolojan identifie deux voies principales par lesquelles le Gouvernement pourrait influencer les prix à la pompe :

1. Réduction des taxes: accises et TVA

Réduire les accises et la TVA conduirait à des prix plus bas pour les consommateurs, mais avec un coût significatif. Cette mesure diminuerait directement les recettes du budget de l’État, à une période où la Roumanie fait déjà face à un important déficit budgétaire et à des emprunts à des taux élevés.

2. Réduction du prix de vente par le producteur

Cette option est encore plus problématique. La Roumanie importe environ les trois quarts de ses besoins en pétrole brut et en produits pétroliers. Si l’État obligait les producteurs et les importateurs à vendre en dessous de leur coût, ils pourraient réduire ou même cesser les importations. Personne ne peut obliger une entreprise privée à vendre à perte, et les conséquences seraient un chaos total sur le marché des carburants.

Pourquoi les subventions à long terme ne sont pas la solution

“Je ne l’aurais pas accordée du tout,” affirme catégoriquement Theodor Stolojan au sujet de la compensation de 50 bani par litre mise en œuvre en Roumanie. “Vous ne pouvez pas subventionner toute l’économie, toute la population. Et ce n’est pas bon.”

L’argument central de l’ancien Premier est que nous ne faisons pas face à une hausse temporaire des prix. Il y a deux ans, le baril de pétrole coûtait 44-45 dollars. Aujourd’hui, le prix oscille autour de 100 dollars. C’est la nouvelle réalité économique, une réalité que la Roumanie ne peut ignorer et dont elle ne peut s’isoler.

Adapter l’économie à la nouvelle réalité des prix

Au lieu de subventions qui cachent le problème, l’économie roumaine doit s’ajuster à cette nouvelle réalité. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Passage à l’énergie renouvelable

“Si l’on regarde même dans les villages, on voit que les habitants commencent à installer des panneaux sur leurs maisons. Parfait. C’est la mesure correcte,” remarque Stolojan. Plutôt que de subventionner les combustibles fossiles, l’État devrait utiliser les fonds européens pour financer intégralement l’installation de panneaux photovoltaïques pour chaque foyer qui le souhaite. C’est une mesure juste qui correspond à la tendance générale de transition vers une économie verte.

Investissements en efficacité énergétique

À long terme, la Roumanie doit investir dans :

  • Systèmes de chauffage plus efficaces
  • Isolation thermique des bâtiments
  • Transport public électrique
  • Infrastructures pour véhicules électriques
  • Technologies d’économie de carburant dans l’industrie

Contexte électoral et pressions politiques

Stolojan n’hésite pas à qualifier les mesures similaires dans d’autres pays de manœuvres électorales. “Avez-vous vu ce que Viktor Orban a fait en Hongrie. Il a plafonné, car il y avait des élections, il est resté avec le plafonnement. Maintenant MOL dit ‘Frères, ce plafonnement est trop difficile à supporter’.”

À mesure que la Roumanie se rapproche de la période électorale, la tentation de promettre des solutions rapides augmente. Cependant, la responsabilité politique devrait prévaloir sur les gains électoraux à court terme.

La différence entre la Roumanie et d’autres pays européens

La situation de la Roumanie diffère de celle de la Hongrie pour plusieurs raisons :

  • Déficit budgétaire : la Roumanie affiche déjà un déficit important et doit le réduire. Il n’y a pas de marge de manœuvre pour des subventions massives.
  • Coût des emprunts : n’étant pas dans la zone euro, la Roumanie emprunte à des taux bien plus élevés sur les marchés internationaux et nationaux. La Croatie est entré dans la zone euro, la Bulgarie se prépare, mais la Roumanie reste en retard en raison de l’instabilité politique.
  • Dépendance à l’importation : avec 75 % des besoins en pétrole brut et produits pétroliers importés, la Roumanie est extrêmement vulnérable aux fluctuations des marchés internationaux.

Que se passe-t-il lorsque le prix du pétrole brut diminue

Un aspect intéressant relevé par Stolojan est le comportement du marché lorsque le prix du baril baisse : « Maintenant que le prix du baril a baissé, normalement on devrait voir une baisse à la pompe, mais ce n’est pas le cas, car les entreprises se disent que le prix a baissé, mais qu’il repartira à la hausse. Alors pourquoi s’en mêler ? »

Cette dynamique montre que le marché ne reflète pas toujours en temps réel les variations des prix, et que les mesures artificielles de plafonnement ne résolvent pas les problèmes structurels.

Conclusion : réalisme économique versus populisme politique

Bien que la pression sociale pour des mesures rapides soit compréhensible, l’analyse économique montre que le plafonnement des prix des carburants n’est pas une solution durable. Plutôt que d’occulter le problème par des subventions temporaires, la Roumanie doit investir dans :

  • Transition vers les énergies renouvelables
  • Amélioration de l’efficacité énergétique
  • Réduction de la dépendance aux combustibles fossiles importés
  • Stabilité politique pour adhérer à la zone euro

À long terme, ces investissements offriront une sécurité énergétique bien plus grande que toute mesure de plafonnement temporaire des prix. La leçon de la Hongrie devrait être claire : les promesses électorales fondées sur des plafonnements artificiels des prix créent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent.